La journée du 11 mai vue par un béarnais…

Départ de Pau à minuit, après avoir retrouvé le bus de St Gaudens via Tarbes. Dans les soutes, quelques vélos, on ne sait jamais, connaissant l’étendue de la ZAD et la longueur de la chaîne (25 km), on pourrait avoir besoin de se déplacer rapidement.

Ambiance fébrile à bord, entre tentatives de sommeil et discussions à n’en plus finir («chut!»). Nous arrivons à 8h30 dans le bourg de NDdL encore endormi. Accueillis par les bénévoles de l’ACIPA bien sur, mais aussi un accordéoniste de Beauvais (arrivé en bus lui aussi) qui entonne une sorte de chant liturgique vite repris par tous: «Notre-Dame des Landes n’a pas besoin d’avions, pour venir faire son apparition»!

DSC_7248

Puis c’est notre citoyen-poète Léon qui entonne un petit air connu («Voici le mois de mai») avec paroles adaptées à la journée bien sur(«quand on arrivera on se donn’ra la main pour dire à nos copains de Notre Dame des Landes, qu’on les aime bien, et qu’on les soutient»!). Mais bien vite, et après un arrêt au local de l’ACIPA (achat de T-shirts, autocollants, documents divers, comme «désintox: NDdL, ou les bobards du PS»), nous nous dirigeons vers les Ardinières, où le début (et la fin!) de la chaîne sont marqués d’un gros point sur la route. L’organisation est comme toujours parfaite, avec des indications à chaque carrefour des différents accés, parkings etc…, des plans de la ZAD, des bénévoles en très grand nombre. DSC_7249Ici on est loin de l’amateurisme et comme tout se passe bien on apprécie d’autant plus la gentillesse de tous. Plusieurs personnes sont épatées qu’on vienne de si loin pour eux! Après avoir «pris nos marques», et comme il nous reste beaucoup de temps avant 14 heures, notre petit groupe décide d’aller marcher un peu, histoire de visiter les «lieux emblématiques». Comme on est à pied et que les distances, ici, sont «aéroportuaires», on met 30 minutes à rejoindre «la vache rit», QG de la résistance, située en plein sur la future piste Nord de l’aéroport, où le 17 novembre des centaines de manifestants occupaient le grand hangar pour manger un morceau et discuter. Aujourd’hui, bien peu de monde à «la vache rit». Il est vrai que la ferme n’est pas sur le trajet de la chaîne. Seuls 3 zadistes sont là, prenant leur petit dèj’, et on en profite pour discuter un peu avec eux en partageant un morceau de fromage de brebis béarnais. DSC_7254Ils nous conseillent d’aller à «la chat teigne», où des maisons ont été construites le 17 novembre après les destructions policières. En sortant, on voit une magnifique maison mobile en bois. L’avant, arrondi, fait penser à la proue d’un navire. DSC_7252On est très loin du «salon du mobile home» en plastique. 30 minutes de plus et nous voilà à «la chat teigne», juste en bordure du bois de Rohanne, célèbre depuis que les gardes mobiles en ont délogé les occupantEs et cassé leurs cabanes perchées dans les arbres. Depuis la forêt n’a pas été réoccupée, car les différentes interventions policières se sont soldées par de nombreux arbres détruits, et le terrain défoncé par les roues des engins. Une pancarte «forêt fragile» en déconseille désormais l’accès.DSC_7264DSC_7263

En route vers «la chat teigne», on traverse une curieuse cépée de châtaigniers en taillis, le sol est gorgé d’eau, boueux, et on imagine sans peine la difficulté qu’il y a du y avoir à passer l’hiver ici. Les occupants ont du construire un chemin en bois sur pilotis pour y accéder! Sur place, ambiance détendue. Les cabanes sont toujours là, ça ressemble un peu à une place de village destroy, une espèce de remake d’un western où le duel final laisse le méchant étendu le nez dans la boue. Il y a même quelques indiens enveloppés dans des couvertures, des gens perchés sur le toit et buvant une bière. DSC_7271Mais il est temps de retourner aux Ardinières pour la chaîne. Surprise! Alors qu’on était encore peu nombreux tout à l’heure, la foule est maintenant impressionnante, en particulier au carrefour, où la roulotte en bois, amenée depuis « la vache rit » dépasse de la foule, encore plus semblable à un navire sur une marée humaine… Vite, tout le monde en place! La photo aérienne est prévue entre 14 et 15h, et il faut que la chaîne soit la plus régulière possible! De fait, l’ambiance est excellente, avec notre accordéoniste du matin qui reprend des chansons de Fréhel, une fanfare endiablée, un sympathique groupe acoustique anti-nucléaire, des gens qui dansent, d’autres allongés sur la route, une chorale. Je prends le vélo qu’on a apporté, et file le long de la chaîne jusqu’au bourg de Notre-Dame (2 km). Partout la chaîne est compacte, avec parfois des nœuds plus importants qui me font poser pied à terre, d’autre plus lâches, mais là c’est par manque de discipline: les gens sont assis dans l’herbe et à l’ombre! Et à plein d’endroits (comme sur la photo), la chaîne est… double, telle une hélice d’ADN qui penserait… Une fille seins nus agite un drapeau pacifiste à destination des hélicoptères (gendarmerie? médias? les 2!) au milieu d’un champs. On me demande sur la route «alors? On est nombreux?» «Ouiiii!» Quand l’ulm de l’ACIPA nous survole tout le monde crie, agite les mains. Chouette moment!DSC_7314DSC_7320

La chaîne commence alors à se défaire, et les gens se dirigent peu à peu vers «les Planchettes», où doit se poursuivre la soirée. Un immense champs nous accueille, avec 5 chapiteaux, 4 buvettes énormes, une expo des pancartes des différents comités de soutien, le «mur de photo» (les milliers de personnes qui ont accepté de poser à visage découvert avec une affiche «je dis non à l’aéroport… et vous?»), des stands de nourriture (tartines bio, galettes, plats complets etc… tout ça préparé par des restos locaux, des bénévoles, des producteurs locaux, le plus souvent avec « prix libre »). Des enfants courent partout, jouent au foot. Tout le monde a l’air heureux d’être là, fatigués pour certains (nous!) mais heureux! DSC_7371Repos dans l’herbe, dégustation des excellentes bières bretonnes proposées aux buvettes, avant que les haut parleurs des podiums se mettent en marche pour une soirée très musicale et variée (rock rageur, chanson espagnole, fest-noz,…). Vers 21h30 la fatigue et le froid nous rattrapent. On décide de nous diriger lentement vers le lieu de rendez vous. On prend un chemin de traverse à peu près sec, accompagnés par quelques personnes qui cherchent aussi leur route. En pleine forêt, un sentier sur la gauche mène à une cabane, précaire comme toutes les installations sauvages ici (il faut dire qu’ elles avaient, jusqu’à la décision du préfét d’éloigner les forces gendarmesques, une durée de vie en général très limitée). Un panneau «bienvenue» à l’entrée du chemin montre s’il en était besoin qu’on est très loin des «attention, chien méchant» de nos zones pavillonaires… Mais il est trop tard pour aller voir jusqu’à quel point l’accueil est là, alors on continue à marcher, la nuit tombant, dans ce magnifique paysage bocager, petites parcelles, magnifiques haies d’essences variées (charmes, chênes surtout, ajoncs, vestiges piquants d’un temps où le barbelé n’existait pas). Rien de spectaculaire, non, juste l’expression d’une nature, façonnée par l’Homme, mais où l’on ne sent nulle part la volonté de dominer ou d’écraser, mais bien plutôt de composer avec elle. Vinci et les élus locaux n’ont pas tout à fait la même vision des choses…

En arrivant au carrefour des Ardinières, à 2km du village de ND, on est passablement crevés, mais on est accueilli par de discrètes loupiotes et la guitare de Clapton. C’est un petit rade improvisé, 4 montants, 1 tôle en guise de toit, 1 table et 5 tabourets, un cubi de blanc, du thé chaud, des gâteaux, du jus de pomme au menu. Ce sont les habitants de la maison qui donne sur le carrefour qui ont monté ça. Ils se sont relayés toute la journée pour soutenir, et ce soir c’est leur fils et sa sœur, avec Tonton et Tatie, qui ont pris le relais. Ils nous racontent combien la présence policière a été pesante, puisqu’ils avaient une caravane tout près, et que les « forces de l’ordre » (avant on les appelait « gardiens de la paix », nuance !) ne se gênaient pas pour faire claquer les portes, parler bien fort, bien faire comprendre à tous qu’ils étaient là et qu’il n’y avait rien à dire. Ce genre de témoignage est fréquent, et les tracasseries en tout genre ont été nombreuses les mois précédents: clôtures ouvertes et bétail échappé, intimidations, contrôles à répétition, etc… Maintenant qu’ils sont partis, ce sont semble-t-il quelques durs de la ZAD qui tentent à leur tour d’embêter les habitants… Dommage que la fatigue (qui a bien dormi dans le bus?) ait eu raison de notre envie de poser plus de questions sur la vie de simples habitants dans la ZAD, de leur motivation à lutter, de ce qu’ils pensent de tout ça, l’aéroport, l’avion, l’alimentation, les terres agricoles… Mais nous revoici dans le bus pour le retour et une nouvelle nuit au sommeil pour le moins difficile.

Mais on est tous super heureux d’avoir participé à cet événement, d’avoir été unE parmi des dizaines de milliers à dire leur souhait d’un autre système, non prédateur, non axé sur le profit ou la gloriole électorale, leur souhait d’inventer ensemble des alternatives à la crise écologique, politique et sociale, leur refus d’une énormité d’un siècle passé, destructeur de tout ce qu’on devrait au contraire encourager, les alternatives, l’imagination, la lutte, la solidarité, la sauvegarde de ce qui existe encore et qui est beau et utile à tous.

Nous, on y retourne les 3 et 4 août, et vous ?

Texte: Berthe- Photos: FM

PS: en écrivant ce texte, je découvre que Radio Klaxon, la radio pirate qui émet sur la ZAD (à la même fréquence que « fréquence route », la radio de Vinci!), est disponible en streaming (adresse ici: http://stream.zad.nadir.org:8000/radio-klaxon.ogg.m3u, à priori elle n’émet pas 24h/24, en tout cas on peut l’écouter!). Quelqu’un lit le texte d’un auteur (je ne me rappelle plus qui), et termine en rappelant qu’il y a des tas de bouquins dans tous les lieux de vie de la ZAD, et encourage les auditeurs à lire, lire et lire encore! C’est aussi ça qui est surprenant là bas, et que seuls les personnes qui ont passé plusieurs jours ont pu apprécier vraiment, nous n’ayant pu que l’entrevoir: cette auto gestion qui fonctionne, bancale sans doute, houleuse aussi parfois, ne soyons pas angéliques, mais ça fonctionne, malgré la pression policière constante, malgré l’énorme disparité entre les différents groupes de zadistes (voir article paru dans « le canard enchaîné » sur la question), malgré les différences de point de vue sur les actions à mener et les messages à faire passer, comme le débat sur le slogan « contre l’aéroport et son monde » dont parle Marc dans son CR (ici). Malgré tout ça, les opposants ne faiblissent pas, car leur organisation tient debout, preuve s’il en était besoin qu’on peut inventer d’autres formes de démocraties…

DSC_7290nbCe qu’ont dit les médias de la chaîne humaine:

A lire :

Notre-Dame-des-Landes. Une chaîne humaine de 25 kms contre l’aéroport [vidéos] : http://www.ouest-france.fr/region/paysdelaloire_detail_-Notre-Dame-des-Landes.-Debut-de-la-chaine-humaine-contre-l-aeroport-%5Bvideos%5D_55257-2191403_actu.Htm

Notre-Dame-des-Landes: une chaîne humaine géante contre l’aéroport :

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jDgt6IYTps2wn7gsGYJ_Q484FPjw?docId=CNG.491a79cadc2b5f05acb1805dee03a9ed.4e1

Chaîne Humaine Citoyenne pour enterrer le projet d’aéroport :

http://www.presquilegazette.net/presquilegazette-net-pages/environnement/notre-dame-des-landes/reportages/chaine-humaine-citoyenne-pour-enterrer-le-projet-d-aeroport.html


Et de très nombreux nouveaux liens sur http://www.scoop.it/t/acipa

 A voir ou écouter:

 Les sujets France2 et TF1  

http://player.canalplus.fr/#/866189

 Photos : spectaculaire chaîne d’opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

http://www.metrofrance.com/info/photos-spectaculaire-chaine-d-opposants-a-l-aeroport-de-notre-dame-des-landes/mmek!RwoIYCqi2NOLA/

 

France culture Terre à terre consacrera samedi 18 mai une nouvelle émission à Notre-Dame-des-Landes : http://www.franceculture.fr/emission-terre-a-terre-notre-dame-des-landes-apres-la-chaine-humaine-2013-05-18

Chaîne humaine contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes : http://www.franceinfo.fr/societe/chaine-humaine-contre-l-aeroport-de-notre-dame-des-landes-984243-2013-05-11

 

Publicités

1 commentaire

Classé dans AGIR, Témoignages

Une réponse à “La journée du 11 mai vue par un béarnais…

  1. Eric

    Merci pour ce beau témoignage et ces belles photos !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s