Béarnais et tritons crétés

3è virée à NddL pour les béarnais, 1ère ou 2è pour certains, plus pour d’autres qui, seuls, sont déjà venus passer quelques jours ou semaines sur ce haut lieu emblématique de la lutte contre l’aménagement d’un territoire appelé à devenir un aéroport international HQE, censé garantir un développement économique qui fait fi de l’histoire de ses habitants et de l’avenir.

Pourquoi sommes nous partis ? Pour participer à un festival de musique, qui a rassemblé des artistes (Bernard Lubat, Sanseverino, Tryo, Gnawa diffusion, Parabellum,…) venus jouer totalement gratuitement pour soutenir la lutte ? Pour faire la fête ? Pour soutenir une lutte qui, au delà de nos frontières locales, nous concerne aussi ? À la recherche d’un moment de convivialité, parenthèse temporaire à notre quotidien ? À la recherche de rencontres avec des gens, paysans, squatteurs, habitants, qui depuis des années refusent le monde que nos décideurs nous décrivent comme inéluctable ? Pour y glaner idées et motivation pour mener à notre tour le combat ? Tout ça, bien sur, et plus sans doute.

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Que retenir de ces 4 jours passés dans la lande de NddL ? Il y a tant que je vais devoir m’astreindre à une liste désordonnée, une description chronologique n’ayant évidemment aucun intérêt…

-Une ballade à vélo au petit matin (vélos prêtés par des voisins de camping) vers « le port », étang sauvage dont la petite île centrale a accueilli la cabane d’un des occupants de la ZAD, obligeant les gardes mobiles à sortir les canots pour la détruire (ce qu’ils n’ont pas encore fait), un étang entouré d’autres cabanes dont une sur 2 étages, avec cette architecture foutraque et pourtant solide des constructions du lieu, entouré aussi de cultures de légumes aussi courageux que les personnes qui les ont semés pour survivre et pousser dans cette terre pauvre de landes. Au même endroit, un puits creusé à la main jusqu’à trouver la nappe phréatique (à 3 mètres de profondeur, quand même).

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-plusieurs ballades sur la D281, la « route qui n’existait pas », puisqu’elle a été fermée à la circulation par la préfecture après les heurts violents qui ont opposés gardes mobiles et résistants cet hiver. Parsemée de chicanes baroques, tours de gué, montagnes de construction diverses destinées à freiner l’avancée gendarmesque, voitures renversées, slogans divers, entre le contestable « un flic, une balle », et les plus accueillants et ironiques « bienvenue sur la ZAD », cette route de quelques kilomètres est déjà un témoignage d’histoire .

-une visite en bétaillère (« bèèèè », chantaient les quelques 80 visiteurs) de la ZAD, et des rencontres avec des paysans de la ferme de Bellevue, résistante aux expulsions, et du Liminbout, où les exploitants nous ont raconté leur lutte pour préserver leur outil de travail. Une visite à pied aussi de la lande, et les explications d’un botaniste insistant sur la désormais rareté de ce type de landes pauvre où habitent des espèces animales et végétales menacées, rareté paradoxalement préservée grâce au classement de la zone en Zone d’Aménagement Différé qui empêcha dans les années 70 et 80 tout remembrement de ce bocage et de cette lande humide, richesse écologique unique en France.

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-une farandole géante lancée par l’extraordinaire groupe vocal marseillais «Lo cor de la plana », qui a retourné le public avec ses chants de lutte en occitan, formidable moment humain où punks à crêtes, mamies, vacanciers, enfants, se lançaient sourires, baisers, mots doux, mains dans la main et sourire vissé aux lèvres.

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-des conférences et débats sous les différents podiums, rassemblant la plupart du temps énormément de participants, preuve s’il en était besoin que les personnes présentes étaient venues, comme nous, chercher de la ressource !

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-une organisation comme d’habitude exemplaire, avec des bénévoles, parfois pas assez nombreux, mais qui ont arpenté le terrain tout le ouikende, accueillant les milliers de visiteurs sur les parkings, les buvettes, les lieux de restauration.

-un sentiment de bienveillance général sur le site du festival et du camping, malgré les litres d’alcool bus avec un excès certain, une habitude sans doute malheureusement trop répandue dans les festivals de musique, et malgré ça des rencontres partout, des discussions, des joueurs de bouzoukis venus s’inviter sur notre campement, un ex motard accidenté qui a décidé de visiter, à vélo, les 36000 communes de France, agenda avec tampons municipaux à l’appui, des jeunes venus d’Alsace vendant des crêpes et faisant de la musique pour rapporter des sous à leur projet de maraîchage collectif.

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-une fin d’après midi à la ferme des « fosses noires » passée à chanter et boire du coulis de tomate maison, avant de repartir au camping avec un excellent pain tout chaud sorti du four construit par les occupants et des légumes cultivés sur place, le tout à « prix libre ».

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-un festival off où certains béarnais retrouvèrent par hasard un certain Indien de la vallée d’Aspe et sa guitare appelant à l’externalisation des ZAD (Zones à défendre), en particulier dans le coin entre Oloron et Pau, où un autre projet pharaonique archaïque nous pend au nez… et qui corrobore le résumé qu’a fait Marc de ces pitoyables tentatives des nos élus pour faire de « leur » ville un semblant de métropole tourné vers la compétition, l’élitisme, l’accueil des affairistes internationaux, des « pôles de compétitivité », le commerce de tout et n’importe quoi, en foulant aux pieds toute vision à long terme et toute réponse aux besoins réels de la population. Il faudra s’y faire (vraiment?), nos métropoles sont devenues des entreprises qui doivent être rentables, et qui doivent grossir toujours plus, par exemple en englobant les villes voisines par des zones commerciales interminables ou des liaisons rapides dans un seul but : gagner la « bataille de la compétitivité ».

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Contre cette « logique inéluctable » court-termiste défendue par nos décideurs de tous poils, roses, bleus ou « sans étiquette », d’autres projets fleurissent heureusement, des habitants se révoltent, des propositions alternatives se multiplient, dans un esprit d’invention, de contestation et de lutte, à NddL comme en Béarn.

La ZAD est partout !

Fran

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1 commentaire

Classé dans Témoignages

Une réponse à “Béarnais et tritons crétés

  1. très beau résumé des 3,4 jours de festival-manif de NDDL.
    il est clair que la ZAD de NDDL restera dans l’Histoire,avec cette magnifique Victoire,arrachée sur le terrain,dans les champs,les forêts et sur les barricades !!!
    Que cela nous serve d’exemple et nous incite à faire des « ZAD partout »,partout où ils veulent faire du mal à Pachamama !!
    pétof

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